Pourquoi minimum 15?

Pourquoi hausser le salaire minimum à 15$?

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Au cours des dernières décennies, l’écart entre les riches et les pauvres s’est agrandi de façon spectaculaire. Selon Oxfam, les richesses mondiales du 1 % le plus riche ont égalé celles des 99 % en 2015. Concrètement, l’organisme soutient que ça revient à dire que huit hommes détiennent autant de richesse que la moitié de la population la plus pauvre du monde. Les revenus de travail des plus pauvres ont diminué (en tenant compte de l’inflation) ou, au mieux, ont stagné. Avec le temps, beaucoup de gens se sont habitués à l’idée que les revenus d’une personne travaillant à temps plein ne lui permettent pas de se sortir de la pauvreté.

Comme on peut le constater sur le graphique suivant, la valeur du salaire minimum ne s’est pas améliorée de manière significative dans les dernières décennies, et ce, malgré les hausses du salaire minimum consenties à travers les années. Dans les faits, le salaire minimum vient à peine de rattraper sa valeur en dollars constants de la fin des années 1970. Cette relative stagnation globale du pouvoir d’achat des travailleuses et travailleurs a des effets concrets. Naël Shiab, journaliste au Métro a calculé qu’en 1980, il fallait travailler 4 heures et 23 minutes au salaire minimum pour acheter une carte mensuelle de la Société de transport de Montréal (STM). En 2015, ce sont 7 heures et 46 minutes de travail au salaire minimum qui sont nécessaires.

Pensez-y-bien! Il n’est pas acceptable que, dans une société aussi prospère que la nôtre, une personne qui trime dur toute l’année soit obligée de recourir à des banques alimentaires pour essayer de joindre les deux bouts. La hausse du salaire minimum à 15$ l’heure est une des solutions possibles pour réduire les inégalités et favoriser la justice sociale au Québec.

Combien de personnes bénéficieraient d’une telle hausse?

L’Institut de la statistique du Québec (ISQ) a calculé qu'en 2016 environ 830 000 personnes étaient rémunérées à un taux horaire inférieur à 15$ l’heure, ce qui représente plus d’un emploi sur 5 au Québec1. Contrairement à l’idée reçue, elles ne sont pas forcément aux études : plusieurs travaillent à temps plein (57%) et sont âgées de plus de 25 ans (57%). Une majorité de ces personnes sont des femmes (58%). La taille des milieux de travail des personnes rémunérées au salaire minimum est variée. L’ISQ a calculé qu’en 2017, 46 % travaillaient dans un établissement de moins de 20 employés. Ces établissements sont, pour la plupart, non-syndiqués (85%). Plus de 50% des personnes rémunérées à moins de 15 $ l’heure sont actives dans les secteurs du commerce de détail, de l’hébergement ou de la restauration2.

Une personne qui gagne déjà un peu plus que 15$ l’heure pourrait se demander si elle tirera des bénéfices de l’augmentation du salaire minimum à 15$ l’heure. Symboliquement, se retrouver en bas de l’échelle parce que le salaire minimum rattrape son salaire (probablement obtenu après quelques années d’expérience) n’est pas une perspective réjouissante. Cependant, les répercussions de cette mesure sont loin de pénaliser cette personne.

Il est démontré que les augmentations du salaire minimum exercent une pression à la hausse sur les salaires des autres travailleurs et travailleuses, en particulier les 20% des travailleuses et travailleurs rémunérés près du salaire minimum. C’est ce que l’on appelle l’«effet indirect» de la hausse du salaire minimum. C’est-à-dire que pour des raisons d’équité, d’attraction et de rétention de la main d’œuvre, les employeurs tendent à augmenter aussi les salaires horaires des employés qui gagnent un peu plus que le nouveau taux du salaire minimum. Autrement dit, la plupart des bas salariés verront leur situation s’améliorer à la suite d’une hausse du salaire minimum, qu’ils soient ou non rémunérés au salaire minimum.

Le ministère du Travail a évalué qu’après le cycle important de hausse du salaire minimum de 2008 et 2010, 1,50 $ soit une augmentation de 0,50 $ sur 3 années consécutives, l’effet indirect de la hausse s’est fait sentir jusque dans les salaires 15% plus élevés que le salaire minimum. Si on reprenait cette marge, l’effet d’une hausse à 15$ se ferait sentir dans les salaires compris entre 0$ et 17,25$.

De plus, il faut rappeler que l’ensemble des Québécois et des Québécoises bénéficieront de cette hausse, car une augmentation du salaire minimum signifie plus d’impôts et de taxes perçus par le gouvernement qui seront réinvestis et redistribués dans la population. C’est également plus de personnes qui pourront participer et faire vivre l’économie locale.


1. Marc-André DEMERS, Les travailleurs rémunérés à moins de 15$ l’heure au Québec et au Canada, ISQ, avril 2017.
2. ISQ, Compilation spéciale pour la FTQ, novembre 2017.

La formule servant à fixer le salaire minimum est inadéquate. Il faut la changer.

L’objectif de hausser le salaire minimum à 15$ peut paraitre arbitraire. Pourquoi ne pas cibler 12$, 17$ ou 22$?

À la fin des années 1990, le gouvernement du Québec a décidé que le salaire minimum serait fixé à une valeur égale à 47% du salaire moyen. La formule utilisée par le gouvernement du Québec pour calculer les hausses du salaire minimum n’est pas sans failles. Certaines études montrent d’ailleurs que cette façon de faire manque de fondement. D’ailleurs, l’utilisation de ce ratio ne fait pas l’unanimité parmi les provinces canadiennes et certains pays européens.

Le taux de 15$ a été établi en référence à l’indice du salaire viable tel que développé au Québec par l’Institut de recherche et d’informations socioéconomiques (IRIS). Il s’agit d’un niveau de salaire qui permet de sortir de la pauvreté. C’est une référence importante parce que selon nous, le salaire minimum doit permettre aux travailleuses et aux travailleurs de subvenir à leurs besoins de base et aussi d’améliorer leur sort.

Le salaire viable est un indice qui permet de déterminer le taux horaire qui permettrait à des personnes salariées de subvenir aux besoins de base de leur famille et de vivre décemment. Pour calculer les besoins de base, l’IRIS utilise des chiffres de différentes sources comme le Dispensaire diététique de Montréal (pour la nourriture), le ministère de la Famille (pour les vêtements), la Société canadienne d’hypothèques et de logement (pour le loyer) et Hydro-Québec (pour l’électricité et le chauffage). Pour les autres besoins, l’IRIS s’est basée sur les données de diverses entreprises privées (Bell, Vidéotron, Desjardins, etc.). Le but du salaire viable n’est pas d’atteindre le seuil de faible revenu, mais bien de dépasser ce seuil pour permettre une véritable sortie de la pauvreté.

C’est la méthode sur laquelle la FTQ se base pour demander de hausser le salaire minimum à 15$ l’heure. Le 1er mai 2018, le salaire minimum au Québec est passé de 11,25$ à 12$ l’heure. Avec un salaire minimum à 12$, il est très difficile, voire impossible, de vivre décemment. Nous sommes donc encore loin du salaire viable.

De quelles façons une hausse du salaire minimum contribuerait-elle à une meilleure économie locale?

En augmentant le revenu disponible pour les travailleuses et les travailleurs les plus pauvres, on soutient aussi la consommation des ménages et la croissance locale. En effet, les plus petits salariés dépensent généralement presque tout le revenu disponible pour acheter des biens et des services. Ainsi, les nouveaux montants disponibles sont habituellement dépensés directement dans l’économie locale plutôt que d’être épargnés ou placés dans des paradis fiscaux.

Le ministère du Travail du Québec a évalué que les employeurs ont versé 291 millions de dollars de plus en salaire à la suite de la hausse du salaire minimum de 2010 (+0,50$). Est-ce que cela a grugé les marges de profits des entreprises? Non. Le Conseil québécois du commerce de détail a enregistré des ventes de 99,9 milliards de dollars en 2010, soit une hausse de 6,6% par rapport à l’année précédente, alors que les prévisions étaient plutôt établies à 2%. Ainsi, loin de nuire aux profits des entreprises, une hausse du salaire minimum tend plutôt à être réinjectée directement dans l’économie locale ce qui profite autant aux travailleuses et travailleurs qu’aux entreprises d’ici.

Un salaire viable a également d’autres effets positifs pour les employeurs. Il permet, entre autres, de diminuer le roulement de personnel et d’améliorer le moral dans le milieu du travail ce qui contribue à la productivité de l’entreprise. Cette hausse de la productivité permet à l’entreprise d’absorber plus facilement l’augmentation des coûts de la main-d’œuvre.

Est-ce qu’une augmentation du salaire minimum pourrait entraîner des pertes d’emplois?

Beaucoup de gens s’inquiètent de ce qu’une augmentation du salaire minimum se fasse au détriment de l’emploi. C’est ce que répètent les lobbyistes qui représentent les employeurs.

Qu’en est-il vraiment? Une hausse du salaire minimum entraîne-t-elle des pertes d’emplois? Plusieurs études récentes remettent en question cette hypothèse. Si une hausse du salaire minimum produit un effet négatif sur l’emploi et le nombre d’heures travaillées, celui-ci est si léger qu’il est difficilement perceptible. Dans une étude sur le sujet en 2016, l’Institut de recherche et d’informations socioéconomiques (IRIS) prévoit que 98% des personnes touchées par la hausse de salaire ne subiraient aucune conséquence négative en termes d’emplois.

À titre d’exemple, entre 2008 et 2010, le gouvernement du Québec a augmenté le salaire minimum de 1,50$ (augmentation de 0,50$ sur trois années consécutives). Au cours de cette période, plutôt que de constater des pertes d’emploi, on a plutôt assisté à une croissance économique qui a contribué à accroître le niveau d’emploi. C’est vraiment aussi pour les petites et moyennes entreprises (PME) de même que pour les très petites entreprises (TPE). Dans les faits, l’IRIS a calculé que pour les entreprises de moins de 5 employés, le taux de fermeture observé en 2010 est de 13,3% ce qui correspond au plus bas taux de fermeture sur la période 2001-2014, et ce, malgré la hausse importante du salaire minimum consentie entre 2008 et 2010.

De plus, en avril 2016, la Fédération canadienne de l’entreprise indépendante (FCEI) a sondé ses membres et en a conclu que le salaire moyen des travailleuses et travailleurs dans les PME au Québec était de 19$ l'heure3. Si impact il y avait, celui-ci serait assez limité puisque l’effet d’une hausse de salaire minimum sur le coût de la main-d’œuvre serait modeste, considérant qu’un bon nombre gagnent déjà davantage. De plus, il est tout à fait possible de conjuguer une hausse du plancher salarial avec différentes mesures transitoires d’appui aux PME et aux TPE (très petites entreprises) de manière à maintenir les objectifs sociaux que se fixe la société québécoise, tout en assurant la vitalité et le dynamisme de l’économie au Québec. C’est-à-dire que les gouvernements ont à leur disposition certains leviers et mécanismes pouvant aider les PME et le TPE pour lesquelles l’impact de la hausse du salaire minimum serait plus difficile à absorber. Les allègements fiscaux temporaires et les subventions directes aux entreprises sont, à ce titre, des mesures efficaces.

Ça se vérifie ailleurs aussi, deux ans après le début de la hausse du salaire minimum dans la ville de Seattle, les études démontrent qu’il n’y a pas de pertes d’emplois massives comme les opposants aux hausses l’avaient prédit.


3. FCEI, Mythes et réalités autour du salaire minimum à 15$, avril 2017, En ligne] [www.cfib-fcei.ca/francais/article/8324-mythes-et-realites-autour-du-salaires-minimum-a-15.html ].

Est-ce qu’une hausse de salaire minimum pourrait entraîner une hausse des prix?

Rien n’est moins certain. La masse salariale n’est qu’une variable parmi d’autres dans la structure de coûts d’une entreprise (prix du pétrole et coût du transport, valeur du dollar, coût des matières premières, marge de profit, innovation, organisation du travail, programmes gouvernementaux de soutien à l’entreprise, etc.). Une hausse du salaire minimum ne se répercute pas nécessairement sur le prix des biens et des services offerts par les entreprises. De plus, advenant qu’une augmentation du salaire minimum se répercute sur le prix des biens et services, cette hausse ne sera jamais plus élevée que les gains salariaux provenant de l’augmentation du salaire minimum. Ainsi, une hausse du salaire minimum implique nécessairement une hausse du pouvoir d’achat des travailleuses et travailleurs.

En 2011, une étude américaine a estimé que si le salaire minimum des salariés de Walmart était porté à 12$ l’heure, soit une augmentation de plus de 11% de la masse salariale de cette compagnie, celle-ci n’aurait qu’à augmenter ses prix de 1,1% pour maintenir le même niveau de profit.

Au Québec, la direction des magasins Dollarama a affirmé pouvoir absorber les hausses de salaire minimum sans hausser ses prix. La direction a affirmé que l’important était que la règle touche tout le monde et que la concurrence soit ainsi maintenue entre les différentes entreprises.

Comment procéder pour atteindre l’objectif d’un salaire minimum de 15$ l’heure?

Plusieurs villes américaines ont adopté dans les années passées une hausse graduelle du salaire minimum pour atteindre le seuil de 15$ l’heure. En 2016, les États de New York et de la Californie ont adopté un plan étalé sur 4 ou 5 ans. Au Canada, l’Alberta atteindra 15$ l’heure en 2018 tandis que l’Ontario y arrivera en 2019.

Toute augmentation importante du salaire minimum doit être effectuée graduellement sur un échéancier de quelques années. Cela fait consensus dans le milieu de la recherche en économie.

Pour changer le salaire minimum, un simple décret adopté au Conseil des ministres suffit. En janvier 2017, le gouvernement québécois a ainsi annoncé un plan de hausse sur 4 ans (0,50$ pour 2017 et 2018 et 0,35$ pour 2019 et 2020). La première hausse est entrée en fonction le 1er mai 2017 et les trois suivantes devront être reconfirmées chaque année. Pour la FTQ, ces hausses sont insuffisantes, car elles ne permettent pas aux personnes salariées d’atteindre le salaire viable de 15$ l’heure. Il faut que le gouvernement ajuste son plan à la hausse d’autant plus que le Québec fera rapidement pâle figure à côté de l’Ontario.

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