Pourquoi minimum 15?

Pourquoi hausser le salaire minimum à 15$?

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Au cours des dernières décennies, l’écart entre les riches et les pauvres s’est agrandi de façon spectaculaire. Les revenus de travail des plus pauvres ont diminué (en tenant compte de l’inflation) ou, au mieux, ont stagné. Avec le temps, beaucoup de gens se sont habitués à l’idée que les revenus d’une personne travaillant à temps plein ne lui permettent pas de se sortir de la pauvreté.

Mais, pensez-y-bien! Il n’est pas acceptable que, dans une société aussi prospère que la nôtre, une personne qui trime dur toute l’année soit obligée de recourir à des banques alimentaires pour arrondir les fins de mois. La hausse du salaire minimum à 15$ nous apparaît comme une bonne façon de freiner la hausse des inégalités, de favoriser la justice sociale et de réduire la pauvreté au Québec.

L’objectif de hausser le salaire minimum à 15$ peut paraître arbitraire. Pourquoi ne pas cibler 12$ ou 17$? Selon nous, le salaire minimum doit permettre aux travailleurs et aux travailleuses de subvenir à leurs besoins de base et aussi d’améliorer leur sort. Le salaire viable est une méthode récente qui permet de déterminer le taux horaire qui permettrait à des personnes salariées de subvenir aux besoins de base de leur famille et de vivre décemment. Le but du salaire viable n’est pas d’atteindre le seuil de faible revenu, mais bien de dépasser ce seuil pour permettre une véritable sortie de la pauvreté. Le salaire viable tient compte du coût de la vie qui varie d’une région à l’autre. Par exemple, l’Institut de recherche et d’informations socio-économiques (IRIS) a récemment calculé que, pour 2016, le salaire viable pour une personne seule vivant à Montréal est de 15,78$ l’heure tandis qu’il est de 15,42$ l’heure à Québec. La revendication de la campagne Minimum 15 se base sur ce calcul. La FTQ propose de faire passer le salaire minimum de 10,75$ (mai 2016) à 14,95$ (mai 2022), soit une hausse étalée sur six ans.

Combien de personnes bénéficieraient d’une telle hausse?

Le 1er mai 2016, le salaire minimum au Québec est passé de 10,55$ à 10,75$ de l’heure. En additionnant le nombre de personnes qui travaillent au salaire minimum et celles dont le salaire horaire est à peine de 10% plus élevé, l’Institut de la statistique du Québec (ISQ) a calculé qu’il y avait plus de 455 500 bas salariés au Québec en 2014, ce qui représente plus de 1 personne salariée sur 10 (13%).

Ces personnes sont en majorité des femmes, ont entre 15 et 24 ans et sont faiblement diplômées. Elles travaillent en majorité dans des établissements de 20 employés ou moins, non-syndiqués, principalement dans l’industrie du commerce de détail, de l’hébergement ou des services de restauration. En excluant les mois de vacances scolaires, on observe que la majorité des personnes au salaire minimum ne sont pas aux études, travaillent à temps plein et ont plus de 25 ans.

De plus, il a été démontré que les augmentations du salaire minimum exercent une pression à la hausse sur les salaires des autres travailleurs et travailleuses. Cet effet haussier serait particulièrement important pour les salaires qui se situent dans une fourchette de 20% au-dessus du salaire minimum. Autrement dit, la plupart des bas salariés verront leur situation s’améliorer à la suite d’une hausse du salaire minimum, qu’ils soient ou non rémunérés au salaire minimum.

Pourquoi avoir ciblé 15$?

La formule servant à fixer le salaire minimum est inadéquate. Il faut la changer.

À la fin des années 1990, le gouvernement du Québec a décidé que le salaire minimum serait fixé à une valeur égale à 47% du salaire moyen. Ainsi, en application de cette règle, le salaire minimum est ajusté le 1er mai de chaque année. La formule utilisée par le gouvernement du Québec pour calculer les hausses du salaire minimum n’est pas sans failles. Certaines études montrent d’ailleurs que cette façon de faire manque de fondement. D’ailleurs, l’utilisation de ce ratio ne fait pas l’unanimité parmi les provinces canadiennes et certains pays européens. Le gouvernement pourrait plutôt se baser sur les besoins réels de la population. Avec un salaire minimum à 10,75$, il est très difficile, voire impossible, de vivre décemment.

Pourquoi avoir ciblé 15$?

De quelles façons une hausse du salaire minimum contribuerait-elle à une meilleure économie locale?

Les hausses du salaire minimum ont tendance à augmenter le revenu disponible des consommateurs et des consommatrices, ce qui stimule la demande. Les nouveaux montants disponibles sont dépensés directement dans l’économie locale plutôt que d’être placés dans des paradis fiscaux.

Le ministère du Travail du Québec a évalué que les employeurs ont versé 291 millions de dollars de plus en salaire à la suite de la hausse du salaire minimum de 2010 (+0,50$). Est-ce que cela a grugé les marges de profits des entreprises? Il semble que non. Au plus fort des hausses du salaire minimum au Québec, le Conseil québécois du commerce de détail a enregistré des ventes de 99,9 milliards de dollars en 2010, une hausse de 6,6% par rapport à l’année précédente, alors que les prévisions étaient plutôt établies à 2%.

Un salaire viable a également des effets positifs pour les employeurs. Il permet, entre autres, d’augmenter la productivité, de diminuer le roulement de personnel et d’améliorer le moral dans le milieu de travail, ce qui renforce l’image de marque d’une entreprise.

Est-ce qu’une augmentation du salaire minimum pourrait entraîner des pertes d’emplois?

Beaucoup de gens pensent que chaque augmentation du salaire minimum se fait au détriment de l’emploi. C’est ce que répètent les lobbyistes qui représentent les employeurs. C’est également sur cette prémisse qu’est bâtie la formule actuellement utilisée par le gouvernement du Québec pour déterminer le taux du salaire minimum.

Or, plusieurs recherches récentes remettent en question cette hypothèse. Elles ont démontré qu’une hausse du salaire minimum n’entraîne pas nécessairement de pertes d’emplois ou une réduction du nombre d’heures travaillées. Par exemple, entre 2007 et 2010, le gouvernement du Québec a augmenté de 0,50$ le salaire minimum trois années de suite. Loin de générer des pertes d’emplois, on a plutôt assisté à un regain de la consommation locale.

Est-ce qu’une hausse de salaire minimum pourrait entraîner une hausse des prix?

Rien n’est moins certain. La masse salariale n’est qu’une variable parmi d’autres dans le montage financier d’une entreprise (prix du pétrole et coût du transport, valeur du dollar, coût des matières premières, marge de profit, innovation, organisation du travail, programmes gouvernementaux de soutien à l’entreprise, etc.). Une hausse du salaire minimum ne cause pas nécessairement une augmentation du prix des biens et des services offerts par les entreprises.

Par exemple, en 2011, une étude américaine a estimé que si le salaire minimum des salariés de Walmart était porté à 12$ l’heure, soit une augmentation de plus de 11% de la masse salariale de cette compagnie, celle-ci n’aurait qu’à augmenter ses prix de 1,1% pour garder les mêmes marges de profit.

Est-ce qu’une augmentation du salaire minimum entraînera des pertes d’emplois?

Comment procéder pour atteindre l’objectif d’un salaire minimum de 15$ l’heure?

Plusieurs villes américaines ont adopté dans les années passées une hausse graduelle du salaire minimum pour atteindre le seuil de 15$ l’heure. En 2016, les États de New York et de la Californie ont adopté un plan similaire étalé sur 4 ou 5 ans.

Toute augmentation importante du salaire minimum doit être effectuée graduellement sur un échéancier de plusieurs années. Cela fait consensus dans le milieu de la recherche en économie.

Au Québec, nous n’avons pas besoin d’une loi pour changer le salaire minimum. Un simple décret du ministre du Travail adopté au Conseil des ministres suffit. Pour atteindre un salaire minimum à 15$, le gouvernement pourrait décréter des hausses de 0,70$ par année durant 6 ans. Ainsi, le salaire minimum passerait de 10,75$ en mai 2016 à 14,95 $ en mai 2022. Il est raisonnable de penser qu’une telle augmentation aurait un effet économique positif sur le Québec.

Est-ce qu’une hausse de salaire minimum va entraîner une hausse des prix?

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